Changement climatique : Quelle adaptation du travail et de l’organisation dans les organismes de logement social ?

Le changement climatique s’intensifie et impacte directement les territoires, avec des canicules plus fréquentes et des phénomènes extrêmes (inondations, sécheresses, tempêtes). Ces évolutions affectent les organismes de logement social à plusieurs niveaux. Face à ces enjeux, DELPHIS a lancé un projet sectoriel pour mieux comprendre ces impacts et accompagner les bailleurs dans l’identification des risques et la mise en place de solutions adaptées. Découvrez les principaux enjeux, leurs effets concrets et les premiers retours d’expérience du terrain.

Le changement climatique : un enjeu croissant pour les bailleurs sociaux

Le changement climatique s’intensifie et s’installe progressivement dans le quotidien des territoires : épisodes de canicule plus fréquents et plus longs, inondations, sécheresses, tempêtes. Ces évolutions entraînent des conséquences directes sur les organismes de logement social, à plusieurs niveaux : résilience et confort du patrimoine, conditions de vie des habitants, continuité de service et organisation du travail, mais également santé et sécurité des collaborateurs. 

Les effets du changement climatique ne concernent en effet pas uniquement le patrimoine ou les habitants : ils interrogent également les conditions dans lesquelles le travail est réalisé et les moyens mis en œuvre pour assurer la continuité de service. L’Organisation internationale du travail souligne que l’augmentation des températures et des épisodes de chaleur extrême constituent un enjeu croissant pour la santé, la sécurité et les conditions de travail dans de nombreux secteurs d’activité.  Le secteur du logement social est également concerné. Cette évolution interpelle directement les employeurs, dont la responsabilité est d'assurer la sécurité et de protéger la santé physique et mentale de leurs collaborateurs, conformément à l'article L.4121-1 du Code du travail[1]

Au-delà des épisodes de chaleur, d’autres aléas climatiques peuvent également entraîner des conséquences importantes sur l’activité des organismes de logement social et la sécurité des collaborateurs. Tempêtes, inondations ou épisodes météorologiques exceptionnels peuvent perturber les déplacements, nécessiter une réorganisation des activités, mobiliser fortement les équipes et accroître certains risques physiques et psychologiques pour les collaborateurs.

Ces situations interrogent à la fois les conditions de travail des collaborateurs, les modalités de prévention mises en œuvre par les organismes, et leur capacité à assurer la continuité de service auprès des habitants. 

C’est pour mieux comprendre ces évolutions et les situations auxquelles les organismes sont confrontés que DELPHIS a engagé un travail d’analyse auprès des bailleurs sociaux membres de son réseau. Cette démarche poursuit trois objectifs : sensibiliser les organismes aux impacts du changement climatique sur le travail, objectiver les situations rencontrées sur le terrain et identifier des pistes d’action adaptées aux réalités du secteur.

[1] En ce sens, depuis le 1er juillet 2025, le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur introduit dans le Code du travail la notion d’« épisode de chaleur intense », définie par référence au dispositif de vigilance météorologique de Météo-France :

  • vigilance jaune = pic de chaleur
  • orange = canicule
  • rouge = canicule extrême

Ce que révèlent les retours de terrain

Des impacts sur la santé, les conditions de travail et les relations professionnelles, pour l’ensemble des collaborateurs 

Parmi les différents aléas évoqués, la canicule apparait aujourd’hui comme le plus fréquemment cité. Les situations concernées sont nombreuses : déplacements et temps passés dans les véhicules de service, interventions réalisées en extérieur, notamment lorsqu'elles impliquent des activités physiquement pénibles ou le port d'équipements de protection individuelle (entretien des espaces verts, gestion des déchets, maintenance etc.), ou encore accompagnement des publics identifiés comme fragiles, lors des épisodes de forte chaleur.

Ces situations peuvent entraîner une fatigue accrue, tout en rendant certaines activités plus difficiles à réaliser dans des conditions satisfaisantes.

C’est notamment ce que souligne France Stratégie, dans son étude Le travail à l'épreuve du changement climatique : les températures élevées peuvent altérer les capacités physiques et cognitives des travailleurs, dégrader leurs conditions de travail et, dans certaines situations, affecter leur santé et leur sécurité. Ces effets peuvent être accentués par certains facteurs tels que la pénibilité de l'activité, la vulnérabilité de certains salariés ou encore les contraintes liées aux déplacements. 

Les échanges menés avec les bailleurs sociaux montrent également que les effets observés ne se limitent pas aux seules dimensions physiques. Les conséquences sur les relations de travail et la relation aux habitants sont également évoquées. En effet, la fatigue, l'inconfort ou encore les tensions générées par les épisodes de forte chaleur peuvent rendre certaines interactions plus difficiles, tant entre collaborateurs qu'avec les locataires.

Ces observations rejoignent plusieurs travaux scientifiques mettant en évidence les effets de la chaleur sur la santé mentale et les comportements. Une étude publiée dans European Psychiatry souligne notamment que les épisodes de chaleur extrême peuvent favoriser le stress, l'anxiété, l'irritabilité ou encore certains comportements agressifs. 

Les impacts observés ne concernent toutefois pas uniquement les métiers de terrain. Les fonctions dites « administratives » [2] peuvent également être affectées, notamment lorsque les locaux de travail sont insuffisamment adaptés, ou lorsqu'elles doivent faire face à des situations nécessitant une réorganisation rapide de l'activité.

En effet, les retours recueillis montrent que les aléas climatiques concernent l’ensemble des collaborateurs, même si leur nature et leur intensité varient selon les activités exercées, les territoires, les environnements de travail et les aléas rencontrés. 

[2] L'expression « fonctions administratives » désigne les activités principalement exercées en bureau.

Concilier protection des collaborateurs et continuité de service : un nouvel enjeu pour les organismes 

Au-delà des effets directs sur les conditions de travail, les retours de terrain montrent que le changement climatique soulève également de nouvelles questions organisationnelles. Les organismes sont de plus en plus confrontés à des arbitrages parfois complexes entre protection des collaborateurs, continuité de service et réponse aux besoins des habitants. 

Comment protéger les collaborateurs exposés à certains aléas tout en maintenant la continuité de service ? Faut-il adapter les horaires de travail, reporter certaines interventions ou réorganiser les priorités ? Comment répondre aux besoins des habitants tout en tenant compte des contraintes opérationnelles et personnelles rencontrées par les équipes ? 

Les organismes ont déjà engagé différentes mesures d'adaptation : diffusion de consignes, mise à disposition d'équipements, ajustements ponctuels des horaires ou procédures spécifiques en cas d'événement exceptionnel. Les retours recueillis mettent en évidence des niveaux de maturité variables selon les organismes. Si certains ont déjà engagé des démarches structurées de prévention et d’adaptation, d’autres construisent encore progressivement leurs réponses au fil des situations rencontrées. 

Cette hétérogénéité témoigne d’une prise en compte encore progressive de ces enjeux dans le secteur.

Partir des situations réelles de travail pour construire des réponses adaptées 

Les échanges menés dans le cadre du projet ont également montré qu'il n'existe pas de réponse unique face aux conséquences du changement climatique. 

Derrière un même aléa climatique se cachent en effet des réalités de travail très différentes. Les équipes de proximité, les personnels techniques, les managers ou les fonctions support ne sont pas confrontés aux mêmes situations ni aux mêmes contraintes. 

Ces constats soulignent l'importance de partir des situations réelles de travail pour comprendre les difficultés rencontrées et construire des réponses adaptées. Ils montrent également que les enjeux dépassent désormais la seule prévention des risques professionnels et interrogent plus largement les modalités d’organisation du travail, les processus de décision ou encore la coordination et la communication entre les équipes. 

L'adaptation au changement climatique ne pourra pas se limiter à des réponses techniques ou réglementaires. Elle implique également de prendre en compte les réalités du travail, d’accompagner les managers et de construire des réponses adaptées aux réalités de chaque activité de travail.

C’est dans cette perspective que DELPHIS poursuit ses travaux avec les bailleurs sociaux du réseau.

Contact
sime@delphis-asso.org

Natasha Simé - Chargée de mission Habitat responsable

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