Résilience climatique : comment DELPHIS et l'AFPCNT mobilisent le logement social face aux risques de demain

A l'occasion de la Journée nationale de la Résilience, la question de préparation des territoires et des citoyens face aux risques climatiques n'a jamais été aussi essentielle. Canicules, inondations, tempêtes ou encore feux de forêt rappellent que l'adaptation au changement climatique est désormais un enjeu concret pour l'ensemble des acteurs locaux, et notamment pour les organismes de logement social, en première ligne auprès des habitants.

Dans ce contexte, DELPHIS et l'AFPCNT ( Association française pour la prévention des catastrophes naturelles et technologiques) ont officialisé un partenariat en janvier 2025. Leur ambition commune : développer une culture de la prévention, du risque et de la résilience au sein du secteur du logement social, en mettant à disposition des organismes des outils concrets, des retours d'expérience et des espaces d'échange.

Dans cet entretien croisé, Maria Manrique, Chargée d’études à l’AFPCNT et Benjamin Hemmer, Chargé de mission Habitat Responsable chez DELPHIS reviennent sur les objectifs de cette collaboration, les défis auxquels les bailleurs sont confrontés et le rôle essentiel qu'ils peuvent jouer pour préparer les territoires et les habitants aux conséquences du changement climatique.

Le partenariat entre les deux associations a été signé en janvier 2025. Pouvez-vous nous dire en quoi il consiste ?

Benjamin Hemmer - Chargé de mission Habitat Responsable chez DELPHIS

DELPHIS travaille depuis plusieurs années sur l’adaptation au changement climatique, qui est devenu un enjeu majeur pour les bailleurs sociaux, leurs locataires et leurs collaborateurs.

Nous sommes convaincus que les bailleurs ont un rôle important à jouer dans la diffusion de l’information, la sensibilisation et l’accompagnement des locataires, notamment les plus vulnérables.

Il nous a semblé important de construire un partenariat avec l’AFPCNT, dont DELPHIS est devenu membre, pour s’appuyer sur l’expertise de l’association en matière de résilience des territoires et sur la force de son réseau.

De manière très concrète, DELPHIS a pu bénéficier de l’expertise de l’AFPCNT pour construire avec des bailleurs volontaires des fiches pratiques et outils de sensibilisation des locataires, et animer une réflexion collective sur le sujet de l’adaptation au changement climatique.

Comment le partenariat contribue-t-il à développer une culture de la résilience auprès des organismes de logement social ?

Maria Manrique – Chargée d’études à l’AFPCNT

Le partenariat entre DELPHIS et l’AFPCNT permet de rapprocher deux expertises complémentaires : celle de DELPHIS, qui fédère un réseau de bailleurs sociaux et connaît leurs enjeux opérationnels, et celle de l’AFPCNT, qui accompagne les acteurs dans le développement de la culture du risque et de la résilience face aux risques majeurs.

Concrètement, notre objectif est de donner aux organismes de logement social des clés de compréhension, mais aussi des outils directement mobilisables pour mieux anticiper les risques climatiques et renforcer leur capacité d’action. Cela passe notamment par des actions de sensibilisation, des échanges de pratiques et la production d’outils adaptés aux réalités du secteur.

L’intérêt du partenariat est également de partir des besoins et des expériences des bailleurs sociaux pour construire des réponses pertinentes. Les expérimentations menées avec des bailleurs volontaires permettent de tester des approches, connaître les besoins et de recueillir des retours d’expérience et, lorsque cela est pertinent, de diffuser ensuite ces enseignements plus largement auprès des territoires et du réseau national.

 

Vous vous positionnez comme acteur de la résilience. C’est quoi la résilience face aux risques climatiques ?

Maria Manrique – Chargée d’études à l’AFPCNT

Pour l’AFPCNT, la résilience ne consiste pas seulement à réagir lorsqu’un événement survient. Elle repose d’abord sur la capacité à comprendre les risques auxquels un territoire ou une organisation est exposé, à les anticiper et à se préparer collectivement.

Face aux risques climatiques, cela signifie par exemple mieux connaître les phénomènes susceptibles d’affecter un territoire, identifier les vulnérabilités, anticiper leurs conséquences sur les activités et les populations, mais aussi savoir comment agir avant, pendant et après un événement.

La résilience est donc à la fois une question de préparation, d’adaptation et de mobilisation collective. Elle suppose que chacun (collectivités, entreprises, associations, acteurs du logement, habitants) puisse comprendre son rôle et disposer des connaissances et des outils nécessaires pour agir.

C’est précisément le rôle de la culture du risque : faire en sorte que le risque soit mieux connu, mieux partagé et davantage intégré dans les décisions et les pratiques du quotidien.

Que signifie concrètement la résilience pour un organisme de logement social ?

Benjamin Hemmer - Chargé de mission Habitat Responsable chez DELPHIS

Etre résilient pour un bailleur social c’est pouvoir anticiper les effets du changement climatique, s’y adapter et s’assurer de sa capacité à continuer à fonctionner face à des situations de crise liées à des événements climatiques.

Pour anticiper, les organismes doivent connaitre les aléas climatiques auxquels leur patrimoine pourrait être exposé, aujourd’hui et dans les décennies à venir. Cette approche doit être croisée avec une connaissance des vulnérabilités du patrimoine, de l’organisme et de ses locataires face à ces aléas climatiques.

Pour devenir résilient, un organisme devra adapter son patrimoine en se projetant sur le climat qu’il pourrait faire dans les décennies à venir. Mais il doit aussi engager des actions pour préparer ses locataires et collaborateurs aux effets du changement climatique qui se manifestent dès maintenant.

La préparation aux événements climatiques passe par des actions de sensibilisation et de transmission d’information sur les effets climatiques, pour savoir quels comportements adopter avant, pendant et après ces événements climatiques.

Enfin, être résilient c’est également renforcer la capacité de gestion de crise et de situations complexes pouvant être générées par des événements climatiques (canicules, tempêtes, inondations, feux de forêt...). L’organisme pourra capitaliser sur cette expérience et tirer les enseignements des crises et événements passés pour renforcer sa capacité à faire face aux événements futurs (autant sur le bâti, en intégrant ces aspects dans la construction, la réhabilitation, la gestion de son patrimoine, que sur l'accompagnement des habitants et l'organisation interne).

Quelles sont les spécificités d’un bailleur social par rapport à d’autres acteurs d’un territoire ?

Maria Manrique – Chargée d’études à l’AFPCNT

Les bailleurs sociaux occupent une place particulière dans les territoires, parce qu’ils sont à la fois des gestionnaires de patrimoine, des acteurs de proximité et des interlocuteurs privilégiés des habitants.

Ils sont directement concernés par les conséquences des risques climatiques sur leur patrimoine et leurs activités : adaptation des bâtiments, continuité des services, gestion des situations de crise, mais aussi accompagnement des habitants. Leur rôle ne s’arrête donc pas à la gestion du bâti.

Cette proximité avec les habitants constitue justement un levier important pour développer une culture du risque. Les bailleurs peuvent contribuer à transmettre une information adaptée, à sensibiliser les locataires et à favoriser l’appropriation des bons réflexes, notamment auprès des publics qui peuvent être davantage vulnérables face à certains événements.

C’est aussi ce qui rend le travail avec DELPHIS particulièrement intéressant pour l’AFPCNT : le réseau des bailleurs sociaux permet de faire le lien entre les enjeux de prévention des risques et les réalités très concrètes des territoires et des habitants

Quels sont aujourd’hui les principaux risques auxquels les bailleurs sociaux et leurs locataires doivent se préparer et les principaux défis à court terme ?

Benjamin Hemmer - Chargé de mission Habitat Responsable chez DELPHIS

Les risques sont multiples. Il existe tout d’abord un risque pour le patrimoine qui peut être endommagé, voir détruit lors d’un événement climatique lors d’une inondation ou d’une tempête. A terme, dans certains territoires, c’est la question de l’assurabilité du patrimoine qui risque de se poser pour les bailleurs sociaux.

Certains événements climatiques, rendus plus fréquents et plus intenses par le changement climatique, poseront la question de la santé et de la sécurité des locataires occupant des logements rendus difficilement vivables par les conditions climatiques. C’est la question de l’habitabilité de certains logements qui est désormais posée.

L’impact du changement climatique sur certains locataires, notamment les plus vulnérables pourrait engendrer une attente accrue d’accompagnement de ces locataires par le bailleur. Certains locataires déjà vulnérables pour des questions de santé ou des raisons socio-économiques, pourraient être davantage fragilisés lors de certains épisodes climatiques.

Mais c’est aussi l’ensemble des locataires qui pourraient être concernés par des consignes d’évacuation (en cas d’inondation ou de feu de forêt par exemple) ou à l’inverse par des consignes de confinement. L’organisme devra être en capacité d’être un relais des autorités locales et de maintenir un lien voire un accompagnement de ses locataires lors d’un événement climatique.

Enfin en tant qu’employeur, un organisme pourra aussi être amené à repenser et adapter les conditions et l’organisation du travail en réponse aux effets du changement climatique.

Les défis qui se posent à un bailleur sont donc énormes. Au niveau patrimonial, il va devoir analyser la vulnérabilité de son patrimoine et de son organisation aux aléas climatiques et porter une stratégie d’adaptation du patrimoine en parallèle à sa stratégie d’atténuation. Il va également devoir adapter ses pratiques en intégrant les effets du changement climatique dans sa gestion, la relation à ses locataires et dans sa politique de ressources humaines.

Quel rôle les acteurs du logement social peuvent-ils jouer dans le développement d’une culture de la prévention et de l’anticipation ?

Benjamin Hemmer - Chargé de mission Habitat Responsable chez DELPHIS

Grâce à leur proximité avec les locataires, les bailleurs sociaux peuvent relayer des messages de sensibilisation aux risques climatiques, en particulier ceux auxquels leur patrimoine est exposé.

Ils peuvent également contribuer à la préparation des habitants aux événements climatiques en les informant sur les comportements à adopter avant, pendant et après un épisode climatique extrême.

Enfin ils peuvent participer à la protection et à l’accompagnement des locataires, et notamment les plus vulnérables en participant à la diffusion des consignes nationales qui permettront d’être prêts à faire face à un risque climatique et en proposant un accompagnement spécifique des locataires au regard de ce risque.

Cela n’est toutefois pas sans poser des difficultés aux organismes. L’évaluation des risques auxquels le patrimoine pourrait être exposé est un exercice fastidieux, tout comme l’intégration de ces risques dans les stratégies patrimoniales.

De même le repérage des vulnérabilités est loin d’être simple malgré la bonne connaissance qu’un organisme peut avoir de ses locataires, et pose des questions de taille : Qu’entend-on par vulnérabilité ? Quelles données sont disponibles ? Comment les utiliser pour proposer un accompagnement des ménages vulnérables tout en garantissant confidentialité et protection des données ?

 

À l’occasion de la Journée de la Résilience, quel message souhaiteriez-vous adresser aux organismes Hlm et plus largement aux acteurs des territoires ?

Maria Manrique – Chargée d’études à l’AFPCNT et Benjamin Hemmer - Chargé de mission Habitat Responsable chez DELPHIS

La résilience est l’affaire de tous, et elle se construit dans la durée. La Journée nationale de la résilience est une occasion de parler des risques, mais surtout de passer de la connaissance à l’action.

Notre message aux organismes HLM et à l’ensemble des acteurs des territoires serait donc de ne pas attendre qu’un événement survienne pour se préparer. Il est essentiel de mieux connaître les risques auxquels son territoire est exposé, d’identifier ses vulnérabilités, mais aussi les ressources disponibles, en travaillant avec les autres acteurs locaux et en associant les habitants à cette démarche.

Les organismes de logement social ont un rôle particulièrement important à jouer en raison de leur proximité avec les habitants et de leur connaissance des territoires. Nous les invitons à faire de la prévention et de la culture du risque une dimension pleinement intégrée à leurs pratiques.

Enfin, la résilience ne se construit pas seul. Elle repose sur la coopération, le partage d’expériences et la capacité à expérimenter ensemble. C’est tout le sens du partenariat entre DELPHIS et l’AFPCNT : mettre en commun les expertises, tester des solutions et faire circuler les enseignements pour contribuer, collectivement, à des territoires mieux préparés face aux risques climatiques.

A propos

Maria Manrique – Chargée d’études à l’AFPCNT

En tant que Chargée d’études à l’AFPCNT, Maria pilote et coordonne des projets nationaux dédiés à la prévention des risques naturels et à l’adaptation au changement climatique. Elle anime des groupes de travail thématiques sur les enjeux de résilience et de gestion des risques et contribue à structurer des démarches de culture du risque auprès d’acteurs publics et territoriaux. Dans le cadre de ses missions, Maria travaille avec un réseau de partenaires institutionnels, associatifs et techniques à différentes échelles, locale, nationale et internationale. Elle évolue ainsi dans des environnements multiculturels et collaboratifs, avec une approche orientée projet, au croisement des enjeux environnementaux, sociaux et territoriaux.

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L’Association française pour la prévention des catastrophes naturelles et technologiques (AFPCNT), association régie par la loi du 1er juillet 1901, a été créée fin 2000 pour poursuivre l’action du Comité français de la Décennie internationale de prévention des Catastrophes Naturelles (DIPCN), en tant que centre national de réflexion collective transversal et multirisques sur la problématique des risques naturels et acteur reconnu de la coopération internationale dans ce domaine.

Soutenue par le Ministère de la Transition Ecologique et de la Cohésion des Territoires (MTECT), elle assemble des scientifiques, experts, universitaires, élus nationaux et locaux, collectivités territoriales, associations, entreprises ainsi que des représentants de l’État et a pour ambition de devenir l’association nationale de référence dans le domaine de la culture du risque. En 2022, l’AFPCNT s’est ouverte aux risques technologiques et a engagé des actions afin de développer la culture du risque et la résilience des populations, des territoires et des organisations face aux risques majeurs, dans le cadre d’un projet ambitieux co-construit avec ses membres et partenaires.

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Benjamin Hemmer - Chargé de mission Habitat Responsable chez DELPHIS

Benjamin est chargé de mission « Habitat Responsable » chez DELPHIS depuis 2023. A ce titre il participe à l’animation du réseau « RSE et Durabilité » pour contribuer aux réflexions du secteur du logement social sur les enjeux sociaux et environnementaux. Dans le cadre des travaux de DELPHIS sur l’adaptation au changement climatique, Benjamin pilote le volet « habitants » pour partager avec les membres de DELPHIS une approche axée sur la préparation et la sensibilisation des habitants aux risques climatiques et leur participation aux projets d’adaptation. 

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DELPHIS est une association Loi 1901 créée en 1989. Pôle d’innovation dédié à l’habitat social, DELPHIS réunit un réseau de plus de 70 bailleurs sociaux implantés dans toute la France, qu’elle fédère autour de sa raison d’être : "Oser et innover ensemble pour l'habitat". En lien avec experts et partenaires, DELPHIS anticipe et décrypte les enjeux de l’habitat social dans les territoires, impulse et anime des réflexions sur les transformations actuelles pour et dans les organisations. 


Elle coordonne également la co-construction de référentiels, outils et méthodes, et organise des échanges entre acteurs, pour soutenir l'évolution des pratiques professionnelles. DELPHIS intervient plus particulièrement dans 3 domaines d'expertise : Durabilité et RSE dans le logement social ; Qualité de service et Relation client ; Autonomie dans le logement des seniors et personnes en situation de handicap. 

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