Santé & environnement : quels enjeux pour les bailleurs sociaux et quels leviers d'action ?

Fin juin, DELPHIS a proposé à ses membres un webinaire consacré à la santé environnementale. L'occasion de revenir sur les enjeux croissants auxquels sont confrontés les bailleurs sociaux et d'explorer les moyens d'agir concrètement pour améliorer le cadre de vie et le bien-être des habitants.

Comme le souligne l'Organisation mondiale de la santé (OMS), « l'environnement est la clé d'une meilleure santé ». Cette affirmation prend aujourd'hui tout son sens face aux défis sanitaires et environnementaux qui touchent l'ensemble des secteurs d'activité, de l'énergie aux transports, en passant par l'agriculture et l'industrie.

Les impacts ne sont plus à démontrer : selon l'OMS, les facteurs environnementaux seraient responsables de près d'un quart des décès et des maladies chroniques dans le monde. Au-delà de la santé physique, ils influencent également la santé mentale, le bien-être et les conditions de vie des populations.

Dans ce contexte, les bailleurs sociaux occupent une place stratégique. Qualité de l'air intérieur, confort thermique en été comme en hiver, nuisances sonores, accès aux espaces verts ou encore qualité du cadre de vie, de nombreux facteurs environnementaux sont directement liés au logement. Leur influence est d'autant plus forte pour les personnes les plus vulnérables, notamment les ménages précaires, les personnes âgées ou les habitants souffrant déjà de maladies chroniques.

Face à ces enjeux, la santé environnementale s'impose progressivement comme un sujet majeur des politiques publiques. Inscrite dans la Charte de l'environnement depuis 2005, elle fait l'objet de plans nationaux successifs et de déclinaisons régionales portées notamment par les Agences régionales de santé. À l'échelle européenne, le Green Deal fixe également des ambitions fortes en matière de réduction des pollutions et de promotion du bien-être des citoyens.

Comment les bailleurs sociaux peuvent-ils favoriser la santé des habitants ? Quels leviers d'action peuvent être mobilisés au quotidien ? Quelles sont les attentes des locataires, des collectivités et des autres parties prenantes sur ce sujet ?

Découvrez trois projets ambitieux intégrant les enjeux de santé environnementale.

  • Application "Santé ville" : mieux identifier les enjeux environnementaux du territoire
  • Projet de réhabilitation à Villeurbanne : comment intégrer la santé environnementale dans le renouvellement urbain
  • Les enjeux de l'urbanisme favorable à la santé et leur prise en compte dans les projets de renouvellement urbain - ANRU

Un outil pour mieux identifier les enjeux environnementaux du territoire

Pour les collectivités, disposer d'une vision globale et fiable des enjeux environnementaux constitue un véritable défi. Les données existent, mais elles sont souvent dispersées entre de multiples sources, rendant leur collecte, leur actualisation et leur exploitation complexes. Il peut ainsi être difficile de s'assurer de la qualité des informations disponibles, de leur pertinence et de leur niveau de mise à jour.

Afin de répondre à ces enjeux, la ville de Villeurbanne a engagé un travail en 2024 avec l'Agence d'urbanisme de l'aire métropolitaine lyonnaise pour développer une application web baptisée « Santé Ville ». Cet outil vise à centraliser les principales données environnementales du territoire afin d'aider les collectivités à mieux comprendre leur environnement et à identifier les enjeux prioritaires à intégrer dans leurs projets et politiques publiques.

Conçue comme un véritable outil d'aide à la décision, l'application permet de croiser des données environnementales, socio-démographiques et de santé afin d'obtenir une lecture plus fine des réalités locales. Elle facilite ainsi l'analyse des inégalités territoriales et l'identification des facteurs environnementaux susceptibles d'avoir un impact sur la santé des habitants.

Actuellement en phase de recherche et développement, l'outil s'appuie sur les données les plus récentes et les plus pertinentes, régulièrement mises à jour par l'Agence d'urbanisme. À terme, il a vocation à couvrir un large éventail de thématiques : qualité de l'air, nuisances sonores, îlots de chaleur et surchauffe urbaine, végétalisation, biodiversité, pollution des sols, présence de l'eau en ville…

Des usages concrets pour les collectivités

L'application « Santé Ville » répond à de nombreux besoins opérationnels et stratégiques. Elle peut notamment être utilisée pour :

  • accompagner la création ou la rénovation de bâtiments communaux, en particulier les équipements accueillant des publics vulnérables comme les écoles, les crèches ou les EHPAD,
  • orienter les projets de végétalisation et le développement de la présence de l'eau dans l'espace public,
  • identifier les enjeux environnementaux à prendre en compte dans les projets immobiliers,
  • intégrer les problématiques de santé environnementale dans les documents de planification urbaine,
  • analyser les inégalités territoriales liées à l'environnement,
  • hiérarchiser les priorités d'intervention à l'échelle du territoire.

En centralisant et en croisant des données jusque-là fragmentées, « Santé Ville » offre ainsi aux collectivités une meilleure compréhension de leur territoire et les aide à prendre des décisions plus éclairées en faveur de la santé et de la qualité de vie des habitants.

Merci à Matthieu Hache, Chargé de Mission Transition Ecologique pour la mairie de Villeurbanne, d'être venu présenter cette application lors du webinaire.

Projet de réhabilitation de la résidence Pranard dans le quartier des Buers à Villeurbanne : intégrer la santé environnementale au cœur du renouvellement urbain

Le projet de réhabilitation du quartier des Buers, à Villeurbanne, illustre la manière dont les enjeux de santé environnementale peuvent être intégrés dans une opération de renouvellement urbain. Porté par une approche globale, ce projet poursuit plusieurs objectifs : préserver une offre de logements abordables, ouvrir davantage la résidence Pranard sur son environnement, améliorer la qualité de vie des habitants et promouvoir un développement urbain plus durable.

Pour orienter les actions à mettre en œuvre, une Étude d'Impact sur la Santé (EIS) a été réalisée en 2015 par l'Agence Régionale de Santé (ARS), la Métropole de Lyon et la Ville de Villeurbanne. Cette étude a mis en évidence plusieurs facteurs environnementaux susceptibles d'affecter la santé et le bien-être des habitants : pollution de l'air, pollution des sols, nuisances sonores importantes, mais aussi un déficit d'espaces extérieurs de qualité, avec peu d'ombre, peu d'équipements et une offre limitée en infrastructures sportives.

Ces conditions environnementales entraînaient des répercussions directes sur les habitants, tant sur le plan physique que psychologique. Dans le cadre de la mise en place du Programme d'Investissements d'Avenir (PIA) « Ville durable et solidaire », les analyses ont notamment révélé une consommation plus importante de médicaments contre l'asthme et les allergies et d'antidépresseurs par rapport à d'autres secteurs, soulignant l'influence de l'environnement sur la santé des populations. Plusieurs actions ont alors été déployées afin d'apporter des réponses concrètes aux problématiques identifiées. La démarche s'est articulée autour de trois niveaux complémentaires : l'habitat, le logement et le quartier.

Agir sur l'habitat pour l'adapter au changement climatique

Le premier axe concernait le bâti lui-même, avec une volonté d'améliorer sa performance et sa résilience face aux évolutions climatiques. Cela s'est traduit par :

  • la réhabilitation énergétique de l'ensemble des bâtiments,
  • la restructuration d'un bâtiment,
  • l'évolution des typologies de logements afin de mieux répondre aux besoins actuels des habitants.

L'objectif était à la fois de réduire les consommations énergétiques, d'améliorer le confort des occupants et de préparer le patrimoine aux défis climatiques futurs.

Améliorer la qualité de vie dans le logement

Au-delà de la rénovation du bâti, le projet visait également à renforcer le confort et le bien-être des locataires au quotidien. Plusieurs améliorations ont ainsi été apportées :

  • le renforcement du confort thermique en période estivale,
  • l'amélioration des systèmes de ventilation et de la qualité de l'air intérieur,
  • la réorganisation et la restructuration de certaines typologies de logements,
  • la suppression des coursives et la création de jardins d'hiver, offrant des espaces intermédiaires plus agréables et mieux adaptés aux usages des habitants.

Ces aménagements contribuent à créer des logements plus confortables, plus sains et mieux adaptés aux attentes des locataires.

Favoriser le bien-être à l'échelle du quartier

Enfin, le projet a intégré une dimension plus large en agissant sur le cadre de vie et les usages du quartier. Plusieurs actions ont été menées pour :

  • désenclaver le quartier et améliorer ses connexions avec le reste de la ville,
  • requalifier les espaces extérieurs (îlots de fraicheur, aires de jeux, équipements sportifs…) dans le cadre d'une démarche de résidentialisation,
  • développer l'animation et la vie de quartier afin de renforcer le lien social entre les habitants.

Cette approche globale démontre que la santé environnementale ne se limite pas aux seuls aspects techniques du bâtiment. Elle implique également de repenser les espaces publics, les mobilités, les équipements et les interactions sociales afin de créer des environnements favorables à la santé et au bien-être des habitants. Le projet des Buers constitue ainsi un exemple concret de la manière dont les opérations de réhabilitation peuvent contribuer à améliorer durablement la qualité de vie dans les quartiers d'habitat social.

Merci à Bérénice Bertho, Cheffe de Projet Renouvellement Urbain du GIE La Ville Autrement et à Nadège Parant, Responsable d'opérations de réhabilitation pour Est Métropole Habitat, d'être venues présenter ce projet de réhabilitation lors du webinaire.

Bâtiment F de Pranard, le bâtiment est en cours de curage permettant de créer de nouvelles typologies de logements à terme. 

Les enjeux de l'urbanisme favorable à la santé et leur prise en compte dans les projets de renouvellement urbain - ANRU

L'approche de l'urbanisme favorable à la santé vise à intégrer les enjeux de santé dans l'aménagement des territoires et la conception des projets urbains. Elle met en évidence le caractère systémique de la santé, qui ne dépend pas uniquement de facteurs individuels ou biologiques, mais également de l'environnement physique, du cadre de vie, des conditions socio-économiques et des interactions sociales.

L'état de santé des habitants d'un quartier résulte de l'action combinée de nombreux déterminants : facteurs biologiques et génétiques, comportements individuels, environnement, qualité de vie, conditions de logement, accès à l'emploi, à l'éducation, aux mobilités, ainsi qu'à l'offre de soins et à son utilisation. Cette approche conduit à prendre en compte les inégalités sociales, territoriales et environnementales de santé, particulièrement marquées dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV).

Dans ces quartiers, les facteurs défavorables se cumulent souvent : exposition accrue aux nuisances environnementales, précarité socio-économique, moindre accès aux services et aux équipements, qualité de logement parfois dégradée ou encore renoncement aux soins. Cette accumulation de vulnérabilités contribue à creuser les écarts de santé observés entre les territoires.

Les projets de renouvellement urbain constituent ainsi une opportunité majeure pour agir sur ces déterminants et améliorer durablement la santé et le bien-être des habitants. Ils peuvent mobiliser trois leviers principaux :

  • L'intégration des enjeux de santé dans le projet urbain et les opérations de renouvellement urbain, pour permettre d'améliorer le lien du quartier à son environnement, la qualité des espaces publics, l'offre d'équipements publics et de services urbains.
  • Le renforcement de l'offre de soins et des services de proximité, afin de favoriser un meilleur accès à la prévention, aux soins et à l'accompagnement des populations.
  • Le développement de démarches d'innovation sociale, environnementale et urbaine, contribuant à renforcer la résilience des quartiers, la participation des habitants et l'adaptation aux défis climatiques et sociaux.

Ainsi, la prise en compte de la santé dans les projets de renouvellement urbain permet d'agir simultanément sur les conditions de vie des habitants, de réduire les inégalités territoriales et de promouvoir un développement urbain plus durable et plus équitable.

Merci à Alice Collet, Responsable projet cohésion sociale pour l'ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), d'être venue présenter les enjeux d'urbanisme favorable à la santé lors du webinaire

Le modèle des déterminants de la santé, Whitehead & Dahlgren, 1991

Le modèle des déterminants de la santé, Whitehead & Dahlgren, 1991

En savoir plus : https://www.anru.fr/

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